
Par Dirk Seel
Les denrées du petit déjeuner occupent actuellement les grands titres, leurs cours atteignant des sommets historiques. Bien que le sucre, le café, le thé et le jus d’orange ne soient pas des produits agricoles vitaux, il convient néanmoins de considérer l’augmentation de leur cours comme un signal d’avertissement d’une nouvelle crise alimentaire potentielle.
Petite rétrospective: la faiblesse des récoltes mondiales imputable à la sécheresse, la demande croissante des consommateurs, la hausse des coûts énergétiques et la spéculation financière ont provoqué une flambée des cours des matières premières agricoles en 2007 et 2008, entraînant ensuite une instabilité politique et des émeutes alimentaires dans le monde entier.
Les cours du riz, du maïs, du blé et du soja étant à présent retombés à des niveaux relativement bas en raison de la récession, pouvons-nous en conclure que la menace d’une nouvelle crise alimentaire est totalement écartée ? Il est clair que non. À l’inverse, les catalyseurs à l’origine de la pénurie de production actuelle des denrées typiques du petit déjeuner semblent très familiers.
Prenons l’exemple du sucre. Consécutivement à un déficit mondial de la production, son cours a jusqu'à présent atteint un plus haut sur 28 ans. Les autorités gouvernementales du monde accusent les mauvaises conditions climatiques d’être à l’origine de cette grave pénurie. Cependant, des problèmes fondamentaux sont également en cause, notamment au niveau de la réglementation. En effet, le sucre est l’une des matières premières agricoles les plus manipulées. Des prélèvements à l’importation aux quotas de production en passant par les prix minimum légaux, les pouvoirs publics du monde interviennent par le biais de divers mécanismes pour maintenir les prix à un certain niveau. Le coût réel de cette politique peut être observé en Inde. Les meuniers, furieux de se voir imposer des prix minimum plus élevés, ont retardé leurs paiements, incitant les fermiers à abandonner le sucre en 2007- 2008 au profit de produits agricoles plus rentables comme le riz. Compte tenu d’une baisse de la production de 40%, le pays passe alors du statut d’exportateur net à importateur net de sucre.
Le manque de terre arable pour la culture de la canne à sucre n’est pas le seul problème, la demande mondiale croissante d’énergie en est un autre. Actuellement, environ 60% de la canne à sucre brésilienne est déjà consacrée à la production d'éthanol, un substitut du pétrole. Vu la flambée des cours pétroliers, ce pourcentage est appelé à grimpé davantage. Ajoutons à cela l’appétit croissant des pays en développement pour les denrées sucrées et vous aurez une idée du déséquilibre colossal entre l'offre et la demande.
Ainsi, il convient de considérer la hausse actuelle du prix des matières premières typiques du petit déjeuner comme un avertissement de la menace d’une nouvelle crise alimentaire. Après tout, les facteurs fondamentaux ayant contribué à la crise de 2008 n'ont pas disparu.
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